En discutant de l'impact des tiers lieux sur la QVT avec 3 points de vue différents, nous avons constaté qu'avec le développement du télétravail intensif, le tiers lieux devient un partenaire de l'entreprise pour la QVT du salarié. Il nous a semblé intéressant de partager nos opinions croisées dans cet article.

Rita - Sébastien - Guillaume
  • QVT : Rita Di Giovanni est chargée de mission à l'ARACT Occitanie, Agence Régionale de l'Amélioration des Conditions de Travail du réseau de l'Anact. Sa mission consiste à améliorer la QVT des salariés et dirigeants et de donner des repères aux entreprises pour en tenir compte. La mission du réseau est de mettre à la disposition des connaissances, des méthodes visant à améliorer les conditions de travail des salarié.e.s, l’efficacité des entreprises et des organisations et de promouvoir des démarches d’innovation sociale.
  • Tiers lieux : Sébastien Hordeaux dirige les espaces de coworking Etincelle à Toulouse et Albi depuis 2014 et est impliqué dans les différents réseaux de tiers lieux.
  • Entreprise : Guillaume Raverat dirige la société Organyze et accompagne les entreprises à développer leur organisation du travail à distance.

Relation actuelles des tiers lieux avec les entreprises et enjeux économiques

Guillaume: Quelle relation a le tiers lieu avec les entreprises et comment vis-tu la situation économique ?

Sébastien: 3 types de population occupent nos espaces : les freelances, les télétravailleurs qui viennent eux même chercher un lieu de travail, et les entreprises soit pour des espaces fermés soit pour des bureaux partagés pour leurs salariés.

D'un point de vue économique, il est plus confortable pour nous d'avoir des clients réguliers pour qui c'est l'entreprise qui paye.

Guillaume: Que viennent chercher les gens chez Etincelle ?

Sébastien: Les gens ici sont plus attachés à trouver une communauté. Nous cherchons à maximiser la contribution de chacun à cette communauté. Pour que les échanges soient profitables, il faut que l'état d'esprit soit là. C'est la difficulté principale.

Selon moi, la clé pour pérenniser un tiers lieux est de développer l'aspect humain.

Des salariés viennent parfois par obligation, à reculons et passent à côté de la valeur ajoutée. Par exemple, une entreprise a voulu supprimer les locaux, et a dit aux salariés d'aller dans des tiers lieux, ils sont venus mais sont restés entre eux et aucun pont entre ces personnes et la communauté n'a été créé. Économiquement, c'est très intéressant pour l'entreprise mais c'est un gâchis humain car il n'y a aucune qualité de relation.

Rita: La posture n'est pas innée en effet, cela peut nécessiter un accompagnement. Est-ce qu'Etincelle coworking prospecte plutôt les entreprises ou directement aux salariés ?

Sébastien: Ca fonctionne plutôt par du bouche à oreille, par de la recommandation.

Il y a également un effort de vulgarisation pour faire connaitre les tiers lieux aux entreprises. En Occitanie, c'est une mission portée par la région et AD'OCC.

Le tiers-lieu : le télétravail à domicile sans ses inconvénients

Rita: Les avantages du tiers lieux par rapport au télétravail à la maison, ce sont :

  • Les interactions sociales et éviter l'isolement
  • Un espace différencié qui apporte un cadre et favorise l'équilibre vie privée / vie pro sans avoir le problème des bouchons

Sébastien: On peut en effet tisser des liens sociaux forts comme avec d'autres collègues (aimer le cinéma, les restaurants, des loisirs).

Le tiers-lieu recouvre une mixité de compétences ce qui peut être intéressant pour proposer et recevoir des coups de main (soft skills, compétences pas sur le cœur de métier, apport de polyvalences autour de discussions informelles). Il y a une culture internationale et des expériences très différentes.

Guillaume: Cibler des tiers lieux peut donc être stratégique pour les entreprises et ainsi développer sa marque et son réseau.

Rita: C'est peut-être un point de vigilance que l'entreprise échange ce savoir. Pour les entreprises, ce type de vision du tiers lieux ne va pas de soi. Soit l'entreprise va réagir positivement en y voyant la valeur ajoutée, mailler des compétences. Soit elle n'y voit aucun intérêt, voire elle considère cela comme contre productif car générateur de temps de discussion.

Venir expérimenter est le meilleur moyen de valider les bénéfices

Sébastien: C'est justement l'intérêt de passer de la théorie à la pratique. Tant que vous ne l'avez pas expérimenté, vous ne pouvez pas comprendre. Une fois que vous l'avez testé, vous ne pouvez pas revenir en arrière car vous êtes convaincus des bénéfices. C'est pour ça que la journée d'essai est gratuite et que nous proposons des contrats sans engagement dans la durée pour limiter tous les freins au départ. Il faut une pré-disposition à se dire "pourquoi pas pour moi".

Rita: "Venez expérimenter !" avec en plus un accompagnement pour vous aider à vous poser les bonnes questions et à en faire une sorte d'évaluation. Vérifier que vous avez bien compris les réserves. Cela questionne la gestion du temps de travail, la gestion des pauses. Qu'est-ce que ça va signifier dans leur poste à eux ? Ça peut mettre les télétravailleurs en difficultés. Proposer un cadre expérimental et expérimenter pendant 3 semaines par exemple apportera énormément de réponses constructives.

Des tiers lieux diversifiés

Guillaume: Un type de tiers-lieu conviendra à des télétravailleurs et pas à d'autres. La personnalité et le métier peuvent influencer le choix du tiers lieu. Certaines personnes ont besoin de vie autour d'eux pour se sentir bien, d'autres ont besoins de passer beaucoup de temps au téléphone et ont besoin d'espaces plus isolés pour ne pas déranger les autres. Les tiers lieux doivent à mon avis clarifier les règles de fonctionnement qui permet à un travailleur de se projeter. Par exemple, puis-je avoir des espaces de confidentialité nécessaires à mon travail ? Par défaut, un travailleur qui est exigeant sur ses conditions de travail verra un tiers lieu comme un risque.

Sébastien: C'est ce que nous essayons d'améliorer. Nous avons des mini salles de réunion, investissons dans des cabines téléphoniques. Les filtres écrans sont également à conseiller.

Pour les entreprises soucieuses de la confidentialité, les bureaux privatifs est un bon compromis. Ou un combo avec des bureaux flottants et une partie de l'équipe en bureau privatif, sanctuarisée avec des coffres.

Guillaume: Aujourd'hui, un salarié choisira le tiers lieux le plus proche de chez lui si il a la chance d'en avoir un à proximité. L'avenir sera peut-être aux tiers lieux d'intérêts communs ou de métiers communs, qui viennent conforter l'aspect social et garantissent un environnement de travail équivalent à ce que je peux avoir à mon domicile ou dans mon entreprise.

Sébastien: Il y a déjà différents types de tiers lieux. Certains tournés dans l'économie sociale et solidaire comme Les imaginations fertiles. Pour les commerciaux sur la route, ils seront mieux dans des centre d'affaires. C'est une première marche qui peut permettre aux entreprises de les faire avancer dans cette démarche. On n'a pas vocation à répondre à tous les besoins.

Il y a 2 grandes familles de tiers lieux :

  • Les petits. Le gérant fait tout. Les contraintes de taille font qu'ils fonctionneront toujours comme ça
  • Les grands où il est possible d'organiser les choses, d'animer. Il y a aujourd'hui peu d'espaces où il y a un gérant + 1 salarié.

Rita:

Le constat que l'on a fait c'est que les tiers lieux promeuvent la QVT mais qu'elle n'est pas forcément présente pour le gérant et leurs salariés.

Par exemple, le métier de "Gardien", "animateur", est nouveau et en mutation. Il n'a pas un titre unique et son contenu est très divers, compliqué, il y a beaucoup de choses à faire. Ces travailleurs correspondent aux valeurs du tiers lieux et apprécient la polyva-activité et l'autonomie. Mais parfois c'est trop et cela peut mettre les personnes en difficulté. Prendre souvent des décisions, même des micro décisions, nécessite la présence du dirigeant. Sans la discussion ou son assentiment, cela provoque de l'inconfort, du doute. Mais le dirigeant manque de temps !!! Charge de travail, erreurs, stress, les espaces de travail ne permettent pas à ces travailleurs de s'isoler pour se concentrer sur leurs tâches.

De nouvelles perspectives pour l'entreprise

Rita: Il faut répondre au besoin de base lié à la distance. Se poser la question, qu'est-ce que ça peut vous apporter ?  Quelles sont vos réserves, ce qui vous ennuie dans le télétravail en tiers lieux ?

Sébastien:  Cela dépend de chaque entreprise, de la culture, le simple fait d'en parler entre manager et managé est très bien. Mieux vaut venir quand ils sont prêts et que cela mette 2 ans à mûrir plutôt qu'ils viennent par défaut.

Rita: La réouverture de négociations va amener les personnes à discuter du cadre offert par la loi et des expériences vécues. Passer de 1 à 2 jours va certainement amener l'organisation à réfléchir au tiers lieux.

Sébastien: Aujourd'hui, la plupart des salariés payent eux même personnellement le tiers lieu. L'entreprise donne la souplesse de travailler où ils veulent, le salarié choisit seul.

Rita: Attention sur ce sujet car l'entreprise a l'obligation de donner les moyens au salarié.

L'intérêt d'avoir une action plus globale est de proposer de l'accompagnement pour lever les freins. Comment accueillir les télétravailleurs ? Comment l'entreprise met en place ou organise le télétravail ? Il peut être intéressant de produire un guide de repères pour les tiers lieux.

Guillaume: Dans ce guide, il sera important de vérifier que le tiers lieu permet de respecter la charte informatique et les règles de fonctionnements de l'entreprise. Les mêmes règles internes doivent s'appliquer dans le tiers lieux.

C'est d'ailleurs pour ces raisons que des banques comme la Caisse d'Epargne utilisent leurs fonciers pour créer des tiers lieux uniquement ouverts à leurs salariés.

A l'inverse, les entreprises peuvent également transformer leurs locaux actuels et créer leurs propres tiers lieux pour favoriser l'émergence de nouvelles coopérations.


Merci à Rita et Sébastien pour cette interview croisée.

On peut conclure :

  • qu'il n'y a pas un espace de travail / un tiers lieux standard qui répond à tous les types de télétravailleurs ;
  • qu'il serait intéressant que les tiers lieux donnent des repères sur les métiers compatibles et leurs règles de vie en communauté ;
  • que l'entreprise a tout intérêt à créer une relation avec le tiers lieux pour garantir la QVT de ses salariés ;
  • il y a un équilibre présentiel / domicile / tiers lieux propre à chaque personnalité, chaque métier, à la stratégie d'entreprise et à l'offre disponible de tiers lieux.

Ces échanges vont nous permettre d'enrichir Dr. Remote, ici sur la maturité de l'entreprise à gérer les espaces de travail.

Le travail à distance ouvre de nouveaux horizons auxquels nul n'est vraiment préparé et c'est cela qui est passionnant. Enjoy Remote !

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